L’AMI DANS LE TERREAU
J’avais un ami
qui est mort maintenant
parce que j’ai oublié de l’arroser
Il avait un talent fou pour faire des connaissances
au chocolat
aux mûres ou à la cannelle
Un jour je le surpris
à flétrir devant ses connaissances
Sans le maltraiter
je l’ai dépoté
Je lui ai demandé jusqu’où il pensait aller comme ça
Il m’a répondu quelques mots
touffus comme la mauvaise herbe puis il a affirmé d’un ton évasif
» Je vais chez ma sœur parce qu’elle bat la campagne
» je l’accompagnerai et je sauverai la campagne
» qui est déjà pleine
» de bleuets
Pour l’en empêcher je lui ai mis un cache-pot
et je l’ai posé sur la cheminée
de marbre
Comme il pleurait à chaudes larmes
il s’auto-arrosait lui-même
Trouvant le système ingénieux
écologique
décoratif
longtemps je lui ai narré des histoires de sécateurs
de jardinières
de pots-pourris
pour raviver ses pleurs
Un beau matin
je suis allé conter fleurette
à une pervenche
Elle avait les yeux en amendes et les lèvres
municipales
A cause des dessous biens repassés
de la justice helvétique
j’omis d’attrister mon ami sur la cheminée
Il a séché
Je le mis dans une boîte
lui ai planté une aiguille dans le dos
et je le regarde de temps en temps
en grignotant des coccinelles pour me rappeler
la saveur
de ses connaissances au chocolat
aux mûres et à la cannelle
Aujourd’hui je garde en captivité
un gommier
maître boucher
Mais il ne se laisse pas faire non plus
Demain il enfourchera une côte de cheval allemande
et il s’en ira rejoindre
son pommier d’amour.
Sion, juin 05

